Bénédicte Le Pimpec | Curatorial projects

Emmanuelle Nègre, La fonction magique de l’oeil

 

Texte publié dans le catalogue de l’exposition Relatives à la Villa Cameline, Nice, 2010

”La première image dont il m’a parlé, c’est celle de trois enfants sur une route en Islande en 1965”.
Sans soleil, Chris Marker, 1982.

La première image dont elle m’a parlée, c’est celle du soleil de minuit, enchâssée dans sa mémoire après un voyage au pôle. Tel Sandor Krasna, le caméraman de Sans soleil, Emmanuelle Nègre explore le monde à la recherche d’images, afin de retrouver des paysages vus quelque part au fond d’une caisse de diapositives ou sur de vieilles bobines de films.

Il ne s’agit pas ici de reconstituer les souvenirs ou phénomènes observés lors de ses voyages, mais plutôt de les convoquer, de se remémorer des fragments. Elle agit comme un destructeur pour mieux recomposer, s’interrogeant sur les procédés du cinéma allant du panorama au Super 8 en passant par le flipbook. Elle accélère ou arrête le défilement des images pour s’en saisir, pour ré-expérimenter manuellement, inventant tel un scientifique amateur fou, de nouveaux procédés perturbant l’équilibre du visible à l’invisible.

Cette fascination pour l’image que transporte Emmanuelle Nègre dans toutes ses pièces, s’effectue le plus souvent par le biais d’une machine. Cette dernière ne procède non pas comme moyen de reproduction mais comme déformation de l’image, remise en cause d’une forme qui devient unique sous le traitement de l’artiste. Répétant inlassablement le même mouvement, la machine folle présentée ici profite de notre persistance rétinienne pour nous administrer ses multiples flashs, nous imprimer ses projections. Vidée à l’extrême de tout ce qui apparaît comme la traduction du visible, l’installation nous renvoie une image saturée, ruinée.

Il ne nous reste plus qu’un dispositif, cassant radicalement avec le sublime de son inspiration première, créant une évocation mécanique invraisemblable, rompant par là même avec la notion de décorum, et nous impliquant sans doute trop dans l’expérience pour pouvoir nous faire voir au delà de la mise en scène.

BLP

Texte publié dans le catalogue de l’exposition Relatives à la Villa Cameline, Nice,
du 01/10 au 17/10/2010.
Exposition commissionnée par Claire Migraine et Nicolas Muller.
Catalogue: Relatives, Villa Cameline, 01/10 — 17/10/2010.
Textes de Marie Bechetoille, Louise Bernatowiez, Sophie Coda, Nicolas de Ribou, Marianne Derrien, Anthoni Dominguez, Sandra Doublet, Laurine Fabre, Sophie Lapalu, Bénédicte le Pimpec, Mathieu Loctin, Claire Migraine et Richard Neyroud
Conception graphique : Mengya vs Florian
500 ex.
avec le soutien d’Hélène Fincker et des EDITIONS DEL’ART