Bénédicte Le Pimpec | Curatorial projects

Alexis Guillier, REWORKS. Piano Nobile, Genève

 

 

Solo show : Alexis Guillier

Curators | Commissaires : Bénédicte le Pimpec & Marie-Eve Knoerle

25.05 – 26.06 2011

Piano Nobile, rue Lissignol 10, 1201 Genève

 

La collection REWORKS, développée par Alexis Guillier depuis 2009, utilise entre autres l’une des dernières scènes du film Earth vs the Flying Saucers. Réalisé par Fred F. Sears en 1956, ce film de science fiction raconte l’histoire d’extraterrestres envahissant la terre à la suite d’un malentendu. Ils détruisent les grands monuments de quatre capitales (Washington DC, Paris, Londres et Moscou), effaçant par là les symboles de puissance nationale et anéantissant tout espoir de survie.

La séquence choisie montre une soucoupe volante qui explose dans une très haute tour, renvoyant immédiatement aux images des attaques terroristes du 11 septembre 2001 à New-York.

La destruction de symboles par les gouvernements ou les révolutions populaires, est un thème récurrent dans l’Histoire. Les régimes se succèdent, donnant aux hommes l’opportunité d’effacer toute trace du pouvoir précédent par la destruction de monuments, statues ou mausolées, annulant la mémoire et réécrivant une partie du récit historique.

Le répertoire d’images mis en place par Alexis Guillier, collecte des instantanés d’événements comme autant de points d’entrées dans un discours historiographique. Des statues égyptiennes aux Simpson, ces reproductions évoquent l’histoire de l’art par le biais d’actes de vandalisme, de dégradation, d’iconoclasme ou encore d’un vide iconographique.

Qu’il s’agisse de conservation d’œuvres d’art ou du changement de statut des monuments provoqués par les dégradations, une des questions sous-jacentes est celle de l’influence qu’ont les images sur nos sociétés et de notre besoin de représentation.

La collection accumulée par l’artiste traite de cette idolâtrie et parle des déplacements de sens au sein même des représentations, interrogeant alors notre propre rapport à l’icône en tant que spectateur ; l’assemblage fait également émerger une certaine récurrence dans la composition d’images, découverte au cours des recherches de l’artiste.

Il n’est pas question ici de suivre une chronologie mais plutôt “de sauter de roche en roche” (1) en déconstruisant la linéarité du temps. Par l’enchaînement choisi des images qui défilent sous nos yeux, l’artiste nous guide à travers sa collection, qui fonctionne telle une cartographie mentale, créant plusieurs récits simultanés.

Travaillant à la manière d’un recherchiste, puisant dans des sources aussi diverses que la culture populaire ou les ouvrages érudits, il répertorie un corpus de moments liés à différentes histoires. Alexis Guillier y soulève la question de l’intention artistique originelle qui est constamment secouée au cours de son avancée dans le temps, laissant place à une nouvelle interprétation et interrogeant les limites de l’œuvre.

Alexis Guillier enrichit cette collection de manière évolutive ; pour sa présentation à Piano Nobile, elle questionne en partie la place de l’image au sein de la Réforme protestante.

 

BLP

 

(1) Terme emprunté à Edouard Glissant lors d’un entretien avec Hans Ulrich Obrist sur la question de la constitution d’un musée et de sa temporalité. In Conversations, paru aux éditions Manuella, 2008, Paris, page 295/296.